YUN (I.)


YUN (I.)
YUN (I.)

Isang YUN 1917-1995

Ayant accompli l’essentiel de sa carrière en Allemagne tout en conservant de profondes attaches avec son pays d’origine, le compositeur allemand d’origine coréenne Isang Yun a réalisé l’une des synthèses les plus intéressantes entre l’art d’Extrême-Orient et la culture européenne.

Il naît à Tongy face="EU Caron" ツng, aujourd’hui en Corée du Sud, le 17 septembre 1917. Son père est l’écrivain Kihyon Yun. Il effectue ses études musicales (violoncelle et composition) en Corée (1935-1937) puis au Japon (1941-1943). Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est emprisonné par les Japonais pour ses activités dans la résistance (1943); il s’évade et vit dans la clandestinité jusqu’en 1945. À partir de 1946, il est professeur de musique à Tongy face="EU Caron" ツng, puis à Pusan, avant de se voir attribuer une chaire de composition à l’université de Séoul en 1953. Il complète sa formation au Conservatoire de Paris avec Tony Aubin (1956-1958), à Darmstadt et à la Hochschule für Musik de Berlin avec Boris Blacher, Reinhard Schwarz-Schilling et Josef Rufer, un disciple de Schönberg (1958-1959). Une bourse de la fondation Ford lui permet de s’installer à Berlin (1964), où sa carrière se développe rapidement dans les milieux de la musique d’avant-garde. Le 17 juin 1967, il est enlevé avec sa femme par des agents secrets sud-coréens: les autorités de son pays le soupçonnent d’entretenir des relations avec la Corée du Nord; à Séoul, il est condamné pour sédition à la prison à vie. Le gouvernement ouest-allemand élève une vigoureuse protestation et menace la Corée du Sud de sanctions économiques; par ailleurs, les plus grands noms de la communauté musicale, notamment Stravinski et Menuhin, mènent une active campagne pour dénoncer cette action terroriste. En 1969, le gouvernement coréen cède à la pression et libère les époux Yun, qui rejoignent Berlin. Isang Yun est d’abord professeur à la Musikhochschule de Hanovre (1969-1970), avant d’être nommé maître de conférences (1970-1973) puis professeur (1973-1985) de composition à la Hochschule für Musik de Berlin. En 1971, il prend la nationalité allemande. Dès lors, l’essentiel de sa carrière va se dérouler en Allemagne, mais sa musique est jouée dans le monde entier. À partir de 1973, il milite activement au Japon et aux États-Unis en faveur de l’instauration d’un régime démocratique dans son pays natal et de la réunification de la Corée. Il meurt à Berlin le 3 novembre 1995.

Unique représentant de la musique coréenne de sa génération, Isang Yun laisse une œuvre très importante: plus d’une centaine de partitions ont été publiées. Les premières relèvent d’une écriture dodécaphonique fortement expressionniste mêlée d’éléments traditionnels des musiques de cour sino-coréennes. Mais Yun fait un usage assez souple de la série, n’hésitant pas à enfreindre la rigueur du système lorsque les besoins expressifs le réclament. Au fil des années, l’expressionnisme sériel s’adoucit pour se fondre dans un langage coloré d’un grand raffinement, davantage apparenté au postimpressionnisme français. Les concepts occidentaux de temps et de structure prennent une nouvelle signification, «mobilité dans l’immobilité», selon le compositeur lui-même. On ne trouve aucun élément descriptif dans sa musique, aucun antagonisme, mais des degrés de tension, une recherche de la densité sonore indissociable de la dialectique taoïste. Les éléments de base sont souvent des motifs qui s’inscrivent dans une tessiture étroite, ou une note particulière à laquelle il donne des éclairages différents, ce qu’il appelle «son principal porteur».

De la première manière, sérielle-expressionniste, il faut retenir le Quatuor à cordes no 3 (1959); Colloïdes sonores pour cordes (1961); une pièce pour ensemble de chambre, Loyang (1962); trois opéras, Träume (1965-1969), Geisterliebe (1969-1970) et Sim Tjong , légende coréenne créée aux jeux Olympiques de Munich (1971-1972); des pièces pour orchestre, Fluktuationen (1964), Réak (1966) et Dimensionen (1971); Tuyaux sonores pour orgue (1967). Au cours des années 1970, il se tourne davantage vers les formes classiques de la musique occidentale et, à partir des années 1980, il se rapproche sensiblement de la tonalité. Ses concertos ont été créés par les plus grands solistes de son temps: le Concerto pour violoncelle (1976) par Siegfried Palm, le Concerto pour flûte (1977) par Karlheinz Zöller, le Double Concerto pour hautbois et harpe (1977) par Heinz et Ursula Holliger, le Concerto pour hautbois (1990) par Heinz Holliger; il a composé également un Concerto pour clarinette (1981) et trois concertos pour violon (1981, 1986, 1992). Ses cinq symphonies sont conçues comme un vaste cycle; la première est une commande pour le centenaire de l’Orchestre philharmonique de Berlin (1983), la cinquième une vaste fresque avec baryton solo, sur des poèmes de Nelly Sachs, une ode à la paix dans laquelle on peut voir un prolongement au Chant de la Terre de Mahler. Elle a été créée par le même orchestre en 1987, avec Dietrich Fischer-Dieskau. Dans le domaine de la musique de chambre, ses œuvres les plus marquantes sont l’Octuor (1978), les Quintettes avec clarinette no 1 (1984) et avec flûte (1986), les Quatuors à cordes no 4 (1988), no 5 (1990) et no 6 (1992), le Quintette à vent (1991). En dehors des formes occidentales, on lui doit de nombreuses pièces instrumentales directement issues de la tradition coréenne: Garak pour flûte et piano (1963), Piri pour hautbois ou clarinette (1971), Gong-Hu pour harpe et cordes (1984), Mugung-Dong pour vents, percussion et contrebasses (1986) et Sori pour flûte (1988).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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